L'Obédience

Le Grand Orient Ecossais de France est une association loi 1901 déclarée en Préfecture du Tarn-et-Garonne. Elle réunit des chercheurs et des étudiants attachés à la transmission et à l'approfondissement des traditions spirituelles écossaises.

Aigle bicéphale — Ordo Ab Chao

Notre histoire

Ordo Ab Chao

Le Grand Orient Ecossais de France a été créé par neuf Souverains Grands Inspecteurs Généraux 33ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté réguliers couronnés dans le cadre d'une filiation authentique pour permettre à des maçons et maçonnes de pratiquer le Rite Ecossais Ancien et Accepté librement sans assujettissement à une hiérarchie pyramidale s'arrogeant des pouvoirs sur l'activité des ateliers.

Le GOEF délivre des patentes aux maîtres maçons qui souhaitent créer un atelier en suivant un cahier des charges garantissant la régularité de leur pratique des rituels. Il peut fournir les rituels des trois premiers degrés ainsi que tous les conseils pour réussir une création de loge.

Il n'y a pas de capitation annuelle mais une cotisation en tant que membre de l'association ainsi que des frais de chancellerie réduits pour l'enregistrement des degrés et la délivrance des diplômes garantissant la régularité.

Nous ne signons aucun traité avec qui que ce soit : nous pensons que seul un maçon peut reconnaître un autre maçon et nous engageons tous nos membres à agir de même. C'est pourquoi nous recevons tout maçon reconnu pour tel par un de nos frères.

Nous ne possédons aucun immeuble et aucune rémunération ni défraiement ne sont prévus dans nos statuts pour quiconque dans l'association.

Notre objectif est bien l'étude et la pratique du Rite Ecossais Ancien et Accepté dans la liberté et la fraternité prévues par l'Ordre Maçonnique depuis l'origine.

Chaque loge est souveraine pour établir ses travaux et son planning ou pour choisir ses officiers. À chaque changement à la chaire de Salomon, c'est le Vénérable Maître descendant qui installe son successeur. La présence d'un Grand Officier est un simple gage d'amitié et non une visite protocolaire obligatoire.

Les loges ont toute liberté pour choisir d'être mono-genre masculin ou féminin, ou mixte ; c'est le Vénérable Maître qui décide d'accueillir ou non des visiteurs dans les tenues de l'atelier.

Le Vénérable Maître dirige et anime les travaux en concertation constante avec son collège d'officiers. Nous conseillons de prendre les décisions en conseil de maîtres à l'unanimité et à main levée : cette pratique fait ses preuves pour des rapports clairs, fraternels et sans arrière-pensée toujours préjudiciable à la cohésion de la loge.

Principes fondateurs

Les Landmarks du GOEF

  • I

    Travaux à la gloire du Grand Architecte de l'Univers

  • II

    Aucun dogme spirituel

  • III

    Présence de la Bible sur l'autel des serments comme symbole de la Tradition immémoriale

  • IV

    Pratique progressive des degrés en fonction de l'avancement du maçon

  • V

    Rigueur dans la pratique des rituels

Fondements

Nos valeurs

Tolérance

La Tolérance est une des vertus majeures en franc maçonnerie. Cela signifie que nous savons ne pas détenir la Vérité absolue. Elle s'applique obligatoirement entre les membres de l'atelier. Elle doit être réciproque dans le monde profane pour pouvoir s'appliquer : on ne peut pas être tolérant avec les intolérants. La Tolérance n'est pas une faiblesse mais un acte d'amour pour Autrui.

Tradition

La Tradition n'est pas le conservatisme ou l'intégrisme. Se référer à la Tradition n'est pas vénérer des cendres mais c'est transmettre des braises. Depuis l'aube de l'Humanité, des êtres éveillés ont travaillé à comprendre la Vie et l'Univers. Nous poursuivons ce travail en nous appuyant sur leurs acquis qui ont été marqués par chaque civilisation de façon différente comme la nôtre a été profondément influencée par les mythologies égyptienne, hébraïque, grecque, puis chrétienne.

Rigueur

La Rigueur n'est pas la rigidité. C'est la volonté permanente d'offrir le meilleur de soi-même. Il est préférable de viser la perfection sans jamais l'atteindre pleinement que de se contenter du médiocre par facilité. C'est la rigueur de l'exécution des rituels qui permet la création d'un égrégore favorisant l'accomplissement de nos capacités psychiques et spirituelles. La Règle présente en loge est le symbole entre autres de cette exigence qui nous honore.

La lumière véritable ne se reçoit pas, elle se conquiert dans le silence et la patience du travail. — Tradition écossaise

Le Rite Écossais Ancien et Accepté

L'Histoire est une fille légère qui se donne à celui qui l'écrit : chaque fait fût-il réel peut être vu sous différents angles et notre analyse d'une situation se fait à partir de nos propres préjugés. Prétendre à une histoire objective est au mieux une naïveté et au pire une imposture.

À côté de l'Histoire telle que la veulent les universitaires, il y a la légende et les mythes. Le Mythe, s'il n'est pas véridique, contient souvent plus de vérités que l'histoire officielle.

La légende dit que quatre loges anglaises se seraient réunies en juin 1717 à la taverne londonienne de l'Oie et du Grill pour fonder la Grande Loge de Londres. La GLUA dit elle-même qu'il ne s'est rien passé ce jour-là, mais que c'est une invention a posteriori datant de 1723. Cette légende perdure et permet encore aujourd'hui à la Grande Loge Unie d'Angleterre de s'en prévaloir pour dispenser aux coins du monde sa « reconnaissance » à qui veut bien y croire.

Nous savons aujourd'hui que la seule chose qui a peut-être été inventée ce jour-là, c'est la notion d'obédience et la mainmise sur l'autonomie des loges. Mais les loges opératives puis spéculatives existaient depuis bien longtemps en Écosse, en Irlande et même en Angleterre. Nous disposons aujourd'hui d'un fonds documentaire suffisant pour l'affirmer.

C'est auprès de ces anciennes loges que le presbytérien James Anderson et le pasteur anglican John Désaguliers récoltèrent minutieusement les textes anciens dans les deux royaumes d'Angleterre et d'Écosse pour préparer ce qui allait devenir « Les Constitutions d'Anderson », syncrétisme de leur moisson, largement expurgé de religion et préparant à une réconciliation sociale dans une Angleterre déchirée par les affrontements politiques et religieux. Le malheur est qu'ils ont pris soin de brûler leur collecte pour des raisons qu'on ignore mais qu'on peut imaginer.

Cette première Grande Loge de Londres se heurta rapidement à la contestation de son autorité et l'on vit survivre deux courants distincts : les « Modernes », tenants de cette première Grande Loge qui voulaient dépoussiérer les vieux rites et rituels préexistants, et les « Anciens » qui voulaient préserver la Tradition des Old Charges.

Notre histoire franco-française

En 1728, le duc de Wharton, aristocrate anglais pétri de culture française comme il se devait à l'époque pour son rang, est reconnu « Grand Maître des francs-maçons en France » sans que l'on sache exactement quelle réalité cela recouvrait. C'est cette date que l'actuelle Grande Loge de France a retenue comme date de fondation. Il est clair que la transmission depuis cette date n'est que symbolique et en esprit, car des structures juridiques différentes vont se succéder jusqu'à nos jours, tout comme pour le Grand Orient de 1773.

Ce Duc de Wharton pratique une franc-maçonnerie « moderne » à l'anglaise qui est celle qui va se développer à Paris d'abord puis en province ensuite. C'est une maçonnerie andersonienne, sociétale, dont l'objectif est principalement de faire se rencontrer des gentilshommes chrétiens de bonne noblesse.

Il faut noter qu'il y avait eu auparavant au moins deux autres « Grand Maître de l'Ordre des francs-maçons de France » en la personne de nobles officiers de l'entourage de la cour du roi Jacques Stuart réfugié au château de Saint-Germain-en-Laye. Ceux-là pratiquaient une maçonnerie « ancienne » en provenance d'Écosse et d'Irlande. Elle était profondément chrétienne, spiritualiste et privilégiait l'autonomie des loges.

C'est le 11 décembre 1743 que Louis de Bourbon-Condé, Comte de Clermont, Prince de sang, est élu par seize maîtres parisiens propriétaires de leur loge pour prendre la succession du Duc d'Antin « Grand Maître de toutes les loges régulières de France », en même temps que sont publiées des « Ordonnances Générales » en 20 articles qui évoquent pour la première fois des frères « qui s'annoncent sous le nom de maîtres écossais ». L'autorité de cette structure ne dépassait pas beaucoup le cœur de Paris.

Les prémices du REAA

On peut commencer ici l'histoire du REAA avec ces prémices que l'on voit dans les degrés écossais qui commencent à fleurir en France aux environs de 1735, certainement en provenance d'Écosse, d'Irlande et sans doute aussi des « Anciens » anglais. Ces « maîtres écossais », pas toujours bien accueillis car ils demandaient des égards particuliers en loge, pratiquaient des degrés au-dessus du 3e degré de maître, récemment apparu un peu partout en Europe, comme le Royal Arch.

Était qualifié d'écossais tout ce qui voulait se rattacher à l'esprit des Anciens de Laurence Dermott, en opposition aux Modernes d'Anderson, par référence à la mythique origine écossaise de l'Ordre à Kilwinning datée de 1193.

À Paris, à Bordeaux, à Marseille, en Avignon, des loges mères écossaises donnaient patentes et pratiquaient des degrés et des rituels divers. Dans une réelle pagaille, chacun créait qui sa Loge Mère donnant patente, qui un nouveau degré plus écossais que le précédent. Dans cette période, on peut recenser des dizaines voire des centaines de rituels et de rites différents, tous se proclamant les seuls sérieux et réguliers.

Étienne Morin et l'Ordre du Royal Secret

Passons à Étienne Morin, catholique d'origine lotoise, négociant à Bordeaux, reçu maçon aux alentours de 1730-1735 sans doute (nous n'avons pas de document), qui fut longtemps une figure mythique dont certains mettaient même l'existence en doute, mais qui a acquis maintenant une réalité historique incontestable.

Ce frère est un commerçant qui traite avec les îles françaises des Caraïbes. Avant de partir pour un nouveau voyage, il obtient le 27 août 1761 de la Grande Loge du Comte de Clermont à Paris une patente lui donnant tout pouvoir pour créer des maçons et des loges de tous les degrés connus dans ces lointaines possessions françaises. Cela prouve que la Loge dite de Clermont connaît et pratique à cette époque des degrés au-dessus du grade de maître, moins de vingt ans après les avoir honnis.

Cette patente de Morin, longtemps mythique et contestée, est maintenant avérée : on en a trouvé des copies authentifiées dans un certain nombre de cahiers d'architecture ou de diplômes de l'époque. Ce maître maçon fut certainement aidé par d'autres maçons participant à ce chaudron créateur qu'est le royaume de France à ce moment-là.

Il quitte Bordeaux avec un ensemble de degrés très proche des 25 degrés du rite de Clermont dont nous avons des fac-similés. Il maçonnait à Paris et à Bordeaux en particulier, où résidait un certain Martines de Pasqually dont la fréquentation des loges bordelaises est certaine et qui sera, à travers le martinisme, le père du RER de Willermoz, dans la loge L'Anglaise et celle qu'il y fonde : Les Élus Parfaits.

Lors de ses voyages dans les Îles, il côtoie des frères anglais qui l'initient à d'autres degrés comme le Royal Arch. À l'occasion d'une de ses traversées, il est capturé par la Marine de sa Gracieuse Majesté et amené à Londres où il est reconnu comme frère et jouit d'une grande liberté qui lui permet de voyager en Angleterre et en Écosse. Il doit certainement découvrir à cette occasion d'autres degrés inconnus de lui qu'il utilisera plus tard.

De retour une fois de plus dans les îles, il va concevoir avec un Hollandais nommé Francken un ensemble assez cohérent de 25 degrés qu'il nommera « Ordre du Royal Secret » — couvrant les degrés de perfection du 4e au 25e Sublime Prince du Royal Secret (actuel 32e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté). Il va créer jusqu'à sa mort nombre de loges et ateliers à tous les degrés et nommer des Inspecteurs Généraux pourvus des pouvoirs de création.

Après sa mort assez misérable, Francken part dans les États américains du Sud et participe à la création de loges, en particulier à Charleston, où les frères locaux adoptent ce nouveau Rite avec enthousiasme. Francken crée lui aussi des Inspecteurs Généraux. Parmi ces loges, on retiendra la loge « La Candeur », fondée par Auguste de Grasse-Tilly et des réfugiés des Antilles françaises chassés par la révolte des esclaves.

La naissance officielle du REAA

Le 31 mai 1801, le premier Suprême Conseil, lors de sa première séance, adresse une circulaire au monde pour annoncer sa création ainsi que la naissance du Rite Écossais Ancien et Accepté en 33 degrés pour contrer le Grand Conseil des Sublimes Princes du Royal Secret créé par les Anglais à Kingston. Ce document appelé depuis « Lettre aux Deux Hémisphères » fonde le Rite Écossais Ancien et Accepté.

Le marquis de Grasse-Tilly est nommé Inspecteur Général et part fonder le second Suprême Conseil puis crée en 1804 le Suprême Conseil de France à l'occasion d'un grand rassemblement maçonnique en l'honneur de La Fayette. C'est ce Suprême Conseil qui, après bien des vicissitudes dues aux gouvernements impériaux, révolutions et aux nouveaux rois de France, donna en 1894 son autonomie à la Grande Loge Centrale du Suprême Conseil qui reprit alors l'ancienne appellation de Grande Loge de France et reçut délégation de gestion pour les trois premiers degrés.

Qu'est donc aujourd'hui le Rite Écossais Ancien et Accepté ?

Ce Rite développe une progression symbolique de mythes issus de l'Ancien puis du Nouveau Testament pour finir avec l'ancienne chevalerie. C'est un ensemble de 33 degrés qui s'appuie sur des principes issus du Convent International des Suprêmes Conseils de Rite Écossais Ancien et Accepté réuni à Lausanne en 1875 et qui s'articule entre une délégation de gestion pour les trois premiers degrés dits bleus ou symboliques, et le Suprême Conseil pour les suivants jusqu'au 33e, dits fort maladroitement Hauts Grades — qu'il vaut mieux appeler grades de perfection. Ces 33 degrés recouvrent les 25 degrés du rite du Royal Secret, pas toujours dans le même ordre, plus huit autres intégrés par Francken et ses amis américains.

Les principes issus de la « Déclaration de principes de Lausanne » indiquent cinq points fondamentaux : l'existence d'un Principe Créateur sous le nom de Grand Architecte De L'Univers, l'exercice de la tolérance mutuelle, le refus de distinction entre races, nationalités et croyances, l'interdiction de discussions politiques ou religieuses, et enfin la lutte contre l'ignorance sous toutes ses formes.

Selon les obédiences qui le pratiquent, les rituels du Rite Écossais Ancien et Accepté peuvent prendre une forme plus ou moins théiste ou déiste, voire parfois franchement athée, ce qui est sans doute assez loin des options d'origine. C'est pourquoi, dire que le REAA est le rite le plus pratiqué au monde suppose de se contenter de parler du plus petit dénominateur commun de toutes les variantes pratiquées. Pourtant, on en reconnaît à chaque fois le fond des caractéristiques spirituelles et humanistes.

« Quelles que soient nos différences, elles sont toujours bien plus minces que tout ce qui nous est commun. »

Quand on essaye d'analyser la construction des degrés qui composent ce rite, on s'aperçoit que si les hauts grades, à partir du quatrième, sont essentiellement d'origine française, il en est différemment pour les trois premiers degrés. Ceux-ci sont certainement d'origine anglaise, andersonienne au départ, puisque c'est la version première qui nous est arrivée avec le Duc de Wharton, mâtinée ensuite de replâtrages divers à l'ancienne pour faire plus « écossais ».

Mais de Grasse n'apporte avec lui que les 30 degrés des Hauts Grades, seule création du Rite de Morin puis de Francken. En fait, le Suprême Conseil de Charleston pratique la maçonnerie anglaise moderne dans les loges bleues. Arrivé en France, de Grasse trouve une situation très confuse entre les Écossais et le Grand Orient, et une multitude de rituels différents. À travers les épisodes du Consulat, puis de l'Empire, puis de la Restauration, la fusion voulue par Bonaparte de toute la maçonnerie française, puis la renaissance du Suprême Conseil de France, les Souverains Grands Inspecteurs 33e degré rédigent rapidement en piochant çà et là dans les rituels existants un ensemble de rituels pour les trois degrés symboliques estampillés « Rite Écossais Ancien et Accepté » qui sont publiés à partir de 1804 sous diverses formes : Tuileur ou Régulateur.

À la lecture, on constate aisément que ces textes sont issus de divulgations ou de rituels plus anciens et qu'ils mélangent l'ancien et le moderne sans véritable cohérence, ce qui les rend quasiment inutilisables tels quels. Ensuite, et depuis le XVIIIe siècle, il y a eu de multiples modifications pour moderniser, déchristianiser, purifier, spiritualiser, rectifier, réactualiser, réhabiliter, ressourcer, etc.

« Les rituels servent à transmettre la Vérité par ceux qui ne les comprennent pas pour qu'Elle atteigne un jour ceux qui pourront la comprendre. »

Voilà rapidement brossée une esquisse de l'origine de notre Rite. Nous espérons surtout que ce travail vous aura donné envie d'approfondir votre connaissance de la Genèse du Rite Écossais Ancien et Accepté pour mieux en saisir toute la richesse.

Voir nos travaux
En-tête du diplôme paraphé par Etienne Morin — 1767
En-tête du diplôme paraphé par Étienne Morin — 1767
Illustration du Rite Écossais Ancien et Accepté
Symbolique du Rite Écossais Ancien et Accepté
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